Actualité · 29/06/2026
Bénin / Drogue : quand Nikki devient le symbole d'une guerre qui change de visage
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Nikki n'est pas une ville comme les autres. Carrefour historique du nord-Bénin, point de convergence de routes qui relient autant qu'elles exposent, la Cité impériale du Borgou portait bien son rôle, vendredi 26 juin 2026, en accueillant la cérémonie officielle de la 39ème Journée mondiale de lutte contre la drogue. Un choix géographique qui n'avait rien d'innocent. Dans cette partie du pays, où les flux humains et commerciaux se croisent avec une intensité particulière, la menace des…
Bénin / Drogue : quand Nikki devient le symbole d'une guerre qui change de visage
Nikki n'est pas une ville comme les autres. Carrefour historique du nord-Bénin, point de convergence de routes qui relient autant qu'elles exposent, la Cité impériale du Borgou portait bien son rôle, vendredi 26 juin 2026, en accueillant la cérémonie officielle de la 39ème Journée mondiale de lutte contre la drogue. Un choix géographique qui n'avait rien d'innocent. Dans cette partie du pays, où les flux humains et commerciaux se croisent avec une intensité particulière, la menace des stupéfiants ne se lit pas dans des rapports elle se vit dans les rues, les gares routières, les quartiers.
C'est le ministre délégué chargé de l'Intérieur et de la Sécurité, Djibril Mama Cissé, qui a présidé la cérémonie, organisée par le Secrétariat Permanent de la Commission interministérielle de lutte contre l'abus des stupéfiants. Autour de lui, les préfets de l'Alibori, du Borgou et de la Donga, les autorités locales, la représentante des Nations Unies au Bénin. Le genre de plateau qui dit, sans qu'on ait besoin de le formuler, que le sujet est pris au sérieux.
Le thème retenu cette année plantait le décor sans ménagement : « Le problème mondial de la drogue : des enjeux persistants, de nouveaux défis, des réponses innovantes ». Derrière l'intitulé, une réalité brutale. Plus de 300 millions de personnes consomment des substances illicites à travers le monde. Les saisies augmentent, les marchés se fragmentent, les trafics mutent. En Afrique plus qu'ailleurs, la courbe ne fléchit pas. Le Contrôleur Général Major de Police Didier Atchou, Secrétaire permanent de la Commission interministérielle, l'a dit sans détour : face à un adversaire qui s'adapte en permanence, les stratégies figées n'ont aucun avenir.
Au Bénin, la cartographie de la consommation dessine un tableau préoccupant. Le cannabis trône toujours en tête, présent dans les espaces publics, les ghettos, les abords des gares routières. Mais c'est une autre menace qui retient de plus en plus l'attention des spécialistes : celle des médicaments contrefaits, vendus à la sauvette sous des noms qui sont devenus, avec le temps, tristement familiers le Tratra, le 5/5, le para jaune, le para évènement, le king. Des substances dont personne ne connaît vraiment la composition, accessibles pour quelques francs CFA, consommées par des populations souvent jeunes et désœuvrées. Les drogues dures cocaïne, héroïne restent marginales dans les statistiques nationales. Mais personne, dans la salle de Nikki, ne s'est risqué à crier victoire.
Ce qui a peut-être le plus retenu l'attention, c'est le tournant assumé dans le discours officiel. Le gouvernement béninois ne parle plus seulement de saisies, d'arrestations, de démantèlement de réseaux. Il parle de personnes. De désintoxication. De soutien psychosocial. De réintégration. Derrière ces mots, une prise de conscience que la répression seule ne gagne pas cette guerre. Celui qui consomme n'est pas qu'un délinquant à neutraliser c'est souvent quelqu'un que la vie a mal orienté, et que la société a les moyens de rattraper, si elle s'en donne vraiment la peine.
Vanessa Fleming, représentante de la Coordination nationale du Système des Nations Unies au Bénin, le maire de Nikki et le préfet du Borgou ont chacun porté cette ligne dans leurs interventions. Un alignement rare entre acteurs nationaux et partenaires internationaux, autour d'une conviction partagée : au Bénin, la lutte contre la drogue entre dans une nouvelle ère. Plus inclusive, plus humaine, plus exigeante aussi. Reste à transformer les discours de Nikki en politiques concrètes. C'est là que tout se jouera.
