Sécurité routière · 27/06/2026
Une seule source ne suffit plus : pour des statistiques routières plus fiables au Bénin
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Les données constituent le fondement de toute politique publique efficace. En sécurité routière, elles permettent d'identifier les facteurs de risque, de cibler les interventions, d'évaluer les actions entreprises et d'orienter les décisions stratégiques. Mais encore faut-il que ces données soient complètes, fiables et représentatives de la réalité.
Une seule source ne suffit plus : pour des statistiques routières plus fiables au Bénin
Les données constituent le fondement de toute politique publique efficace. En sécurité routière, elles permettent d'identifier les facteurs de risque, de cibler les interventions, d'évaluer les actions entreprises et d'orienter les décisions stratégiques. Mais encore faut-il que ces données soient complètes, fiables et représentatives de la réalité.
Au Bénin, la **Police Républicaine** demeure aujourd'hui la principale source officielle de collecte des données relatives aux accidents de la circulation routière. Son travail est essentiel. Les agents interviennent sur les lieux des accidents, établissent les constats, identifient les circonstances des faits et alimentent les statistiques nationales. Sans cette contribution, il serait difficile de disposer d'une base d'information structurée sur l'accidentalité routière.
Toutefois, l'évolution des systèmes d'information et les standards internationaux invitent à s'interroger : **une seule source de données est-elle suffisante pour décrire avec précision la réalité des accidents de la route ?**
La réponse est probablement non.
En effet, une partie importante des accidents échappe naturellement aux statistiques policières. Les collisions mineures réglées à l'amiable, les chutes isolées de motocyclistes, les accidents survenant dans des zones éloignées ou encore les victimes conduites directement vers un centre de santé sans intervention préalable de la police ne sont pas toujours recensés. Il en résulte un phénomène de sous-déclaration qui peut influencer l'appréciation réelle de l'insécurité routière.
Une autre difficulté réside dans le suivi des victimes. Certaines personnes décèdent plusieurs jours après leur admission à l'hôpital à la suite des blessures subies lors d'un accident. Or, conformément aux recommandations internationales, notamment celles de l'Organisation mondiale de la Santé, un décès lié à un accident de la route est celui qui survient dans les trente jours suivant l'événement. Sans mécanisme de rapprochement entre les données policières et les données hospitalières, certains décès peuvent ne pas être comptabilisés comme des décès routiers.
Les établissements de santé représentent ainsi une source d'information complémentaire de première importance. Ils documentent la gravité des traumatismes, les lésions observées, les interventions médicales, les durées d'hospitalisation, les incapacités permanentes et les décès intervenant après la prise en charge. Ces informations permettent d'apprécier les conséquences sanitaires des accidents, au-delà du simple dénombrement des victimes.
Les **sapeurs-pompiers** constituent également un maillon essentiel de la chaîne d'information. Présents dès les premières minutes suivant de nombreux accidents, ils disposent de données sur les délais d'intervention, les conditions de secours, le nombre de victimes secourues et les difficultés rencontrées sur le terrain. Ces informations peuvent contribuer à améliorer l'organisation des secours et la prise en charge des victimes.
Le Bénin dispose par ailleurs d'un levier majeur grâce à la modernisation de son état civil. Avec la dématérialisation opérée par **l'Agence Nationale d'Identification des Personnes (ANIP)**, le pays possède désormais un système national de gestion des actes d'état civil plus fiable et plus centralisé. Sans se substituer aux données policières, cette base pourrait contribuer à une meilleure confirmation et consolidation des décès liés aux accidents de la route, dans le respect du cadre légal applicable au partage des données et à la protection des informations personnelles.
L'enjeu n'est donc pas de remettre en cause la qualité du travail de la Police Républicaine. Au contraire, il s'agit de renforcer le système national d'information en adoptant une approche multisectorielle.
À l'image des meilleures pratiques internationales, le Bénin pourrait progressivement mettre en place un **Système intégré d'information sur les accidents de la route**, associant :
* la Police Républicaine, pour les circonstances des accidents et les constats ;
* les établissements de santé, pour les blessures, les traumatismes et les décès après admission ;
* les sapeurs-pompiers, pour les données relatives aux interventions de secours ;
* l'ANIP, pour la consolidation des informations sur les décès enregistrés à l'état civil ;
* et le **Centre National de Sécurité Routière (CNSR)**, pour la centralisation, l'analyse et la diffusion des statistiques nationales.
Une telle évolution permettrait de disposer de données plus complètes, de réduire les risques de sous-déclaration et d'améliorer l'évaluation des politiques publiques de sécurité routière. Elle offrirait également une meilleure compréhension des causes réelles de l'accidentalité et faciliterait la mise en œuvre d'interventions fondées sur des données probantes.
La sécurité routière est un défi collectif. La qualité des décisions dépend de la qualité des informations disponibles. Plus les données sont fiables, plus les actions sont pertinentes. Et derrière chaque donnée correctement enregistrée se trouve une vie qui peut être mieux protégée.
Par Josué Stanislas WOWO
Sociologue
